18 juillet 2012

Rats des villes et rats des champs

Voici deux mois que nous mangeons comme les Mongols, tantôt des villes, tantôt des champs. On distingue ici deux "gastronomies", celle des urbains basée sur des produits importés et celle des nomades qui se nourrissent principalement des produits de l'élevage.
Autant mettre de suite les pieds dans le plat et ne pas tourner autour du pot : par "gastronomie" on entend "tradition culinaire mongole"...cette dernière n'étant ni fameuse ni délicieuse. On pourrait même dire "sans grand intérêt" autre que celui de se sustenter et d'enrichir le business des hypocholestérolémiants et bientôt des régimes en tout genre. En dehors de la capitale, les Mongols sortis de l'adolescence sont gros et gras à la fois. Certes, pour supporter leurs conditions de vie hivernale, il faut bien une isolation graisseuse. Mais à l'inverse de leur bétail, ils ne semblent pas perdre leurs réserves et fondre comme neige au soleil à la fin de l'hiver. Le résultat est une accumulation annuelle et le poids des années est criant. Alors évidemment quand il fait 35 degrés, cette corpulence est peu adaptée. Les hommes exhibent leur ventre énorme en relevant leur t-shirt sous leurs seins. Et pour nous faire rire ils font parfois trembler cette boule de graisse proéminente. C'est d' une élégance rare...
Mais retournons-en à nos moutons. Que mange-t-on finalement ? On serait tenté de dire que le plat national est un petit chausson de pâte fourrée de viande ovine hachée avec quelques oignons. A pâte et farce identiques, deux variantes qui diffèrent par leur forme et leur mode de cuisson : la plus commune et la plus goutue est une demi-lune frite dans l'huile, la plus diététique est un ravioli cuit à la vapeur. Ces chaussons sont consommés à la ville comme à la campagne à toute heure. C'est en quelques sortes l'équivalent de nos sandwichs. Ils s'accompagnent d'une des deux sauces qui résument bien la finesse du plat : ketchup pimenté et viandox. Une tasse de tsai pour faire glisser le tout et c'est reparti !
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Préparation...
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...dégustation
Les plats un peu plus "élaborés" qui sont servis dans les gargotes sont à base de riz, de pâtes ou de pomme-de-terres dans le nord. Mélangés avec du tout-venant de bœuf et de mouton, et parfois quelques râpures de légumes pour la couleur, on obtient une montagne luisante poséesur une assiette. Ketchup-viandox pour agrémenter tout cela bien entendu. 
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Avant ........  Pendant
Les restaurants un peu plus haut de gamme ont à la carte des goulaches et autres plats en sauce. Deux cuillères de salades type coleslawtirées d'un gros pot en plastique importé égayent l'assiette et justifient le prix. Et toujours une unique fourchette en guise de couvert, ce qui oblige à utiliser dents et doigts pour découper les bouts un peu trop massifs. Ici pas de chichi, on mange tout, surtout les gros morceaux de gras. 
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Il nous arrive parfois de songer avec envie à une bonne côte d'agneau au barbecue...mais cette cuisson, ne conservant pas toute la graisse, n'est pas utilisée ici. Bref tout est bouilli ou frit et servi dans son jus !
Les épiceries sont assez répandues. Chaque bourg de plus de 50 habitations en a au moins une. C'est le magasin de tous les espoirs pour nous. A chaque ravitaillement, on rêve secrètement de trouver un produit nouveau et bon... Mais toutes les étagères supportent invariablement les mêmes denrées importées des pays voisins ou de l'ex bloc de l'est. Compote de pomme et chocolats allemands, conserve de fruits polonaise, pâtes, céréales, mayonnaise et biscuits russes, poitrine fumée hongroise, saucisses kazaks, nouilles chinoises, lait en poudre coréen coupe à l'huile de palme... Les aliments mongols sont rares et se résument à du miel, une marque de jus de fruits tropicaux (made in Mongolia, enfin surtout le mélange des poudres de fruits avec l'eau !), du pain et des biscuits et...des salades de carottes prêtes à l'emploi ! Oh bonheur quand on trouve ! 
Un mot sur la conservation : les Mongols congèlent tout, à commencer par la viande et tous les produits laitiers : lait, fromage type européen, beurre... Étrange coutume, mais c'est un des seuls moyens de conservation qu'ils ont à disposition. Le pays manque cruellement d'infrastructures et d'industries : malgré un cheptel conséquent et des surplus laitiers, aucune filière non artisanale ne collecte le lait pour le transformer. Pas d'UHT, pas de dessiccation, il reste donc la congélation dans des bouteilles en plastique des surplus des voisins. Et le lait UHT importé coûte 2 euros le litre...
La verdure fraîche est relativement limitée : oignons, choux et carottes... Un chou est trop gros pour nous deux, les carottes sont molles et pas prêtes à l'emploi mais par contre les oignons sont parfaits pour assaisonner du millet ! 
Extrêmement rarement, on découvre avec stupéfaction quelques tomates cerises, un concombre, des pommes et des clémentines. On en était friands au début, mais on s'est depuis habitué à un régime digne d'un célibataire endurci.  
Voilà grosso modo la base de nos repas et ce qui est accessible aux villageois. Tous ces produits étant importes, ils coûtent aussi cher voire plus cher qu'en France... Les Mongols, dont le salaire minimal est de l'ordre de 300 euros et celui d'un prof en début de carrière d'environ 450 euros, n'ont accès qu'avec parcimonie à tous ces étalages qui se garnissent de plus en plus depuis la fin du communisme. Manger local, on y pense toujours autant, mais ici c'est ardu ! Car local signifie viande. Mais que faire d'un morceau de mouton quand on n'a qu'un petit réchaud ? On va donc à chaque avitaillement se délester de quelques billets à plusieurs zéro dans les minimarkets. Et ce n'est pas peu dire car la monnaie est telle qu'on est régulièrement millionnaire en Togrog !

Le bol alimentaire des nomades est principalement constitué de la viande et des produits laitiers de leurs bêtes. Les produits carnés sont fournis par les ovins, bovins et caprins, et parfois les équins et camélidés. En complément, ils cuisinent très occasionnellement des plats similaires à ceux des gargotes ou achètent du pain et des biscuits.
Un mouton entier vaut environ 100 euros... soit 50 litres de lait UHT importé, ou encore 30 kg de bonne confiture...  
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Enfin, à l'instar de la majorité des civilisations actuelles, les Mongols ne mangent pas de dessert... C'est bien dommage pour nous, mais on arrive toujours à trouver une petite touche de sucré pour se donner du courage !  

Posté par Julie Philippe à 05:35 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Rats des villes et rats des champs

  • Toujours la bouffe!

    Ah je suis fan de vous lire parler de bouffe, ça me fait vraiment rire.
    Je sais que pour vous c'est moins drôle. Mais les voyages en mode local et simplicité, dont je suis adapte, implique de se contenter de ce qu'on a. En mode sac à dos, difficile d'avoir toujours de quoi se faire plaisir.
    Quand on rentre, les papilles redécouvrent des goûts oubliés, c'est encore plus agréable.
    Hasta luego

    Posté par milou, 19 juillet 2012 à 14:31
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