Next Steppe : Un couple à pied dans le Gobi

10 mai 2015

La route du thé et des Chevaux, du Yunnan et du Sichuan aux confins tibétains

Si ce type de voyage à pied vous attire, vous serez probablement intéressés de savoir que nous publions un récit de notre voyage de 2009 en Chine : La route du thé et des Chevaux, du Yunnan et du Sichuan aux confins tibétains.

Publié aux Éditions Transboréal, il est disponible dans toutes les bonnes librairies (Fnac, Amazon et autres). Vous pouvez également nous contacter directement pour l'obtenir en cliquant sur "contacter l'auteur" dans la colonne de gauche ou sur http://transboreal.fr/boutique.php?code=TRASITHE.

Voici le 4e de couverture et le communiqué de presse :

Pendant plus de quinze siècles, les feuilles de thé des provinces du Yunnan et du Sichuan furent échangées contre les chevaux tibétains, nécessaires aux conquérants de l’Empire céleste. Partis du berceau historique du thé, Julie Klein et Philippe Devouassoux ont affronté à pied, durant six mois, 2 500 kilomètres de rizières, de forêts luxuriantes et de montagnes jusqu’au Toit du monde. Passionnés d’histoire, ils ont eu pour guide les cartes anciennes et, empruntant les mêmes sentiers que jadis, ont pris le pouls des campagnes chinoises en mutation. C’est à l’été, aux sources du Mékong et du Yangtsé, que les marcheurs ont débouché sur les étendues sauvages du plateau tibétain, trouvant dans l’hospitalité et la ferveur d’un peuple opprimé matière à rassasier leur soif de rencontres.

Communiqué de presse

Posté par Julie Philippe à 17:57 - Commentaires [0]

17 août 2012

C'est avec émotion

C'est une nouvelle fois avec émotion que nous refermons un blog...

NextSteppe a conforté les sensations que nous avions ressenties sur OTHER et nous a dispensé de nouveaux enseignements. Marcher et vivre dans un certain dénuement matériel, découvrir de nouveaux horizons et se sentir citoyen du monde, véhiculer paix et fraternité entre les peuples, accepter et donner de l'amour sans crainte, voilà qui est à présent ancré en nous.

Nous retiendrons aussi l'incroyable impact des frontières sur notre Terre. Nous en avons passé deux et chaque fois avons eu l'impression de changer de monde. En l'espace de 10 km, l'homme est capable de vivre et de façonner son environnement selon des schémas totalement différents. Parallèlement, l'intérieur d'un pays est marqué par une uniformité contre-nature. La continuité géographique est balayée d'un trait sur une carte, séparant par un simple barbelé deux peuples que tout oppose et imposant les mêmes codes au sein d'une nation dont le mode de vie devrait s'adapter à son environnement. Est-ce normal de trouver les mêmes produits alimentaires du sud-ouest tropical chinois au plateau tibétain en passant par le Gobi sinisé ? Mais, au sein dudit Gobi, de troquer les baguettes et le riz pour un couteau et un os de mouton à la frontière ? On aurait pu espérer des transitions en douceur, à l'image des paysages qui se meuvent progressivement à l'intérieur d'un pays. C'est dans les zones frontalières qu'on se rend vraiment compte que c'est l'homme qui aménage son territoire et non le milieu qui détermine le mode de vie comme cela semblerait logique. Difficile de conclure sur le bien ou le mal d'une telle ségrégation. Mais il est certain qu'il faut une bonne dose de tolérance, de curiosité ou d'intérêts économiques pour que les relations de voisinages soient paisibles.

Paisibles, comme notre esprit quand nous poserons nos sacs à Paris après une si belle aventure...

Merci à tous pour votre soutien, vos commentaires et vos encouragements !

Posté par Julie Philippe à 16:36 - Commentaires [5]
16 août 2012

Destination finale

Nous avons rejoint Irkoutsk, la destination de notre grande marche sur la Route du thé de Sibérie. La route historique se poursuit le long du Transiberien jusqu'à Moscou mais nous n'avons pas vraiment le temps de faire à pied les 5000 km (!) restants et les itinéraires qui suivent globalement la même latitude sont par essence moins intéressants à nos yeux que les trajets sud-nord sur lesquels les modifications de climat sont beaucoup plus rapides et avec elles les évolutions de la végétation et donc du mode de vie des autochtones.

Irkoutsk est la capitale de la Sibérie orientale. 600 000 Russes de divers origines ethniques peuplent la ville sur les 2 rives de l'Angara, seul exutoire du lac Baikal. La ville est à une soixantaine de km du lac. Un peu dans l'esprit de l'Australie, ce sont principalement des aventuriers et des déportés politiques qui ont les premiers amenés la prospérité dans ce "Far East" à partir du XVII ème siècle. L'Histoire retient particulièrement le cas des Exilés Decembristes qui ont pris la route d'Irkoutsk en 1825 suite à une insurrection manquée qui avait pour objectif la rédaction d'une constitution et la fin du servage. La centaine d'exilés, nobles et très éduqués, suivie des familles et des domestiques, est à l'origine d'un saut culturel important pour la ville qui se dote à cette époque de nombreux édifices publics. Un certain nombre de Decembristes restera d'ailleurs à Irkoutsk après les 30 ans d'exil imposés.

La ville d'Irkoutsk est surnommée "le Paris de la Sibérie" en raison de son patrimoine architectural. Nous sommes parfaitement d'accord avec cette réputation et nous ajouterons même qu'au delà des magnifiques bâtiments, l'atmosphère est très parisienne, avec un souci de la mode pour la population, une offre culturelle impressionnante pour une ville de cette taille et l'Angara dont les rives sont aménagées telles la Seine. Et jusqu'au centre-ville on retrouve les superbes maisons sibériennes en bois. Évidement, ces réflexions tiennent pour notre visite en août, pas sûr que l'impression soit la même dans le blizzard de janvier.

Au détour d'un parc, nous découvrons une exposition extérieure qui rappelle le passé commercial de la ville et l'héritage de la route du thé. Une belle confirmation que nos pas depuis 4 mois ont bien suivis ceux des caravaniers, de Zhangjiakou en Chine à Irkoutsk en Sibérie.

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14 août 2012

Entre art de vivre et architecture

Que de couleurs dans les villages que nous traversons ! Les façades des maisons sibériennes sont peintes dans des tons vifs et variés, les fenêtres sont particulièrement mises en valeur et soigneusement ornées de bois sculpté. Un petit jardin d'ornement toujours joliment fleuri souligne encore la devanture de l'habitation. C'est un plaisir de déambuler sur les chemins boueux des hameaux en admirant ces demeures soignées.

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Il y a quelques décennies, le bois était le seul matériau de construction utilisé : poutres massives pour la charpente, les murs extérieurs et intérieurs dont les interstices sont bourrés de mousses et lichens, planchers en bois brut. La technique constructive permettait de s'affranchir de métal. Il est complété aujourd'hui par les isolants classiques et éventuellement un peu de quincaillerie dont le prix est devenu accessible.

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Les planchers sont surélevés par rapport au sol et posés sur un vide sanitaire.Les murs intérieurs sont recouverts d'un treillis en fines planchettes sur lequel est apposé un crépi de couleur douce et pâle, comme du bleu turquoise qu'on trouve fréquemment dans la pièce principale. En guise de toit, des tôles de fibrociments ou de métal. Généralement un étage, parfois deux. Voilà tout ! En été, l'intérieur est douillet et frais. En hiver...il faudra revenir pour vous dire si le poêle à bois est suffisant pour maintenir une ambiance agréable !

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Toilettes sèches au fond du jardin, puits à moins de 200 m. Toutes les maisons sont entourées d'une parcelle faisant au moins trois fois la surface habitable. Le champ de kartochka, comprendre la sacro-sainte pomme-de-terre s'étale sur les 3/4 du terrain. Le reste est partagé entre une serre, des fleurs, quelques légumes et herbes aromatiques, des buissons de baies et énormément d'herbes folles. En ce moment, tout est vert, la végétation croit à une vitesse folle et envahit tout.

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 Au passage, voyant ces techniques de construction, on valide enfin que les maisons en bois le long du Transmongolien en plein Gobi sont bien issues des traditions architecturales russes. Construites entre 1950 et 1980, il y avait de grandes chances pour que l'influence russe...

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Les Sibériens profitent de la clémence de la météo entre juin et septembre pour vivre dehors. Ce sont des férus de pic-nics, barbecues, cueillette et pêche, camping sauvage. La vie au grand air ! On voit partout à proximité du lac des cabanons de fortunes, des tentes plus ou moins temporaires, des camps bien organisés avec mobilier sommaire en bois et foyer pérenne pour le feu. Différentes catégories de populations y vivent : marginaux qui survivent dans leur pays de Cocagne, villageois qui profitent le week-end d'une résidence secondaire, vacanciers des grandes métropoles de l'ouest qui font 2 ou 3 jours de train pour planter leur tente dans la sérénité du Baikal puis ne rien faire d'autre qu'admirer.  

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Posté par Julie Philippe à 08:45 - Commentaires [0]
13 août 2012

C'est une tradition...

...culinaire pourrait-on dire, on aime bien conter ce qu'on trouve dans notre gamelle ! Alors voilà ce que mangent les Russes du Baikal en été. Note : il faut en profiter car l'été est court ici... la débâcle a lieu en mai-juin et l'embâcle en octobre.
 
L'aliment roi est le poisson fumé, et plus précisément l'omul. Ce cousin du saumon ne vit que dans la Perle Bleue de Sibérie et sa chair fine en fait la fierté des populations lacustres. On en trouve absolument partout, au bord de la route comme dans les boutiques, sur les feux de camps des campeurs, dans les paniers des vendeurs ambulants du Transsibérien et dans nos sacs à dos évidemment ! C'est une industrie ici, et ce poisson s'est taillé une sacré réputation dans l'immense Russie. On aime la chair délicate, les arrêtes qui ne se détachent pas de l'arrête centrale, le goût toujours différent car chaque pêcheur a son secret pour fumer et saler ses prises... Bref, un omul quotidien éloigne le médecin !

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Ca fume du omul dans cette bicoque ou je ne m'y connais plus !

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L'été, les forêts de bouleaux et de conifères se remplissent de baies en tout genre. Autant nous n'avons pas chargé notre bardas d'une canne à pêche, autant nous avons toujours une petite boîte prête à être ouverte pour protéger nos cueillettes : framboises, groseilles, cassis à hauteur d'homme, myrtilles et fraises des bois si on baisse le regard... Nous ne sommes pas les seuls à aimer et les étals des marchés en sont bien garnis. Les sous-bois recèlent aussi d'une profusion de champignons. Disons que l'humidité constante qui arrive par le brouillard ou la pluie, associée à une température agréable (de 10 à 25 degrés) et quelques rayons de soleil de temps à autre doivent leur convenir parfaitement. Les Russes en font provision, on ne s'y essaie que très rarement...

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Enfin, les jardins et serres regorgent en ce moment des deux légumes estivaux : la tomate et le concombre. Ciselons par-dessus quelques brins d'aneth frais, et voilà une délicieuse salade. 

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Autre habitude estivale, celle de boire du kvass. Cette boisson ressemble à de la bière mais contient moins de 2% d'alcool et est donc classée parmi les boissons non alcoolisées. Elle est issue de la fermentation du pain de seigle. La place centrale des petites villes est toujours affublée d'un vendeur reconnaissable à sa citerne jaune sur laquelle sont affichés ses horaires d'ouverture. 
 
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En sus d
es produits de saison, on trouve dans les épiceries tout ce dont on a besoin et bien plus encore. Pour qui arrive de Mongolie, la Russie est une sorte de paradis de la gastronomie.
Et quid de la vodka me direz-vous ? Et bien oui, la vodka est l'équivalent de notre vin, elle se boit avec le repas. Ou plutôt, il est de tradition de manger un morceau après chaque verre. Ajoutons que le cul-sec est de mise, qu'il faut finir son verre et qu'il n'y a pas de Pacha Mama comme en Bolivie à qui faire discrètement offrande de la moitié du volume. Enfin, c'est minimum trois verres car chaque toast a sa signification : "à notre rencontre, à nos familles, à nos projets", ou quelque chose comme ca. Ceci dit, nous ne sommes jamais tombés sur des soiffards, mais uniquement sur des hôtes qui veulent nous faire découvrir leur mode de vie et acceptent donc de nous servir de tout petits verres si l'on prononce la phrase magique "pa-chut'-chut' "...

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12 août 2012

Le Circum-Baikal

Pour nos derniers jours en Russie et comme nous apprécions beaucoup la présence apaisante du Baikal, nous allons découvrir une autre facette du lac.

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A la fin du XIXe siècle, les ingénieurs du Transsibérien ont divisé le parcours de Moscou à Vladivostok en 7 sections. Entre Irkoutsk et Babushkin, 4 possibilités étaient envisageables. Plusieurs enquêtes ont permis de déterminer que la solution optimale longerait la rive gauche de l'Angara, le seul exutoire du lac, jusqu'au village de Port Baikal et qu'ensuite le voie suivrait la berge du Baikal jusqu'à son extrémité sud-ouest, à Slyudyanka. Le reste de la section est ensuite parallèle à la rive sud du lac jusqu'à Babushkin. C'est l'ensemble qu'on appelle Circum-Baikal (lien en anglais).

Depuis l'extrémité du lac vers l'est, le terrain ne pose pas de problème particulier. C'est cette portion que nous suivions il y a quelques jours. Les montagnes aboutissant en pente douce dans le lac et la construction n'a pas posé de problème particulier. En ce qui concerne la rive opposée par contre, le perçage d'une voie ferrée dans cette falaise abrupte est une véritable prouesse technique ! On parle d'un wagon de dynamite utilisée pour faire sauter la roche par kilomètre de voie. Le parcours de Port Baikal à Slyudyanka ne fait pas moins de 90km avec 33 tunnels, des viaducs et des ponts de moindre envergure et presque en continue de grands murs de soutènement. En 1904, la voie est encore en construction tandis qu'éclate la guerre russo-japonaise. Les ingénieurs optent alors pour achever une seule voie sur les 2 prévus et emploient jusqu'à 13 500 ouvriers (et prisonniers...). 

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Cette section du Transsibérien ne sera doublée qu'en 1914. Après la seconde guerre mondiale, avec les accidents récurrents, les autorités se rendent enfin compte des dangers que courent les trains sur cette section et les travaux indispensables et coûteux qu'il y a à réaliser. De plus un projet de barrage sur l'Angara doit noyer la portion de voie qui longe la rive gauche de la rivière, de Irkoutsk au lac. C'est donc une voie nouvelle qui est construite de Irkoutsk à Slyudyanka. Port Baikal perd alors tout son attrait de ville étape du Transsibérien pour redevenir un petit village de pêcheurs. La montée de 6m des eaux avec le barrage de l'Angara en 1956 en fait même un cul de sac au bout d'une ligne chaotique sans entretien. 

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Aujourd'hui 4 trains par semaine continuent de desservir les petits villages de la ligne. Ils sont attendus avec impatience par les habitants qui conservent en leur mémoire le souvenir ému de l'époque où une cinquantaine de trains desservait quotidiennement leur hameau. Une bonne moitié des voyageurs fait le trajet pour la beauté des paysages et le coté touristique du parcours. Et une fois n'est pas coutume, nous en faisons partie ! On vous rassure notre objectif est de revenir en longeant à pied la voie ferrée jusqu'à Slyudyanka.

 

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L'occasion pour nous de profiter pleinement de ce Baikal qui nous séduit tant, de nous baigner (qui a dit "se laver" ? A 13 degrés, on a du mal à faire mousser le shampoing !) une dernière fois et de faire à nouveau de magnifiques rencontres. Comme celle par exemple de Marina et Konstantin qui nous avaient déjà aperçus marcher sur la rive en face, à Tanhoy ! Ou alors ce vieux professeur de géodésie et géologie qui randonne comme nous sur la voie avec un matériel, hum, vieillissant... Pour une fois l'anticyclone semble bien installé et nous apprécions les paysages, la quiétude du lieu et les magnifiques bivouacs au coin du feu.

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11 août 2012

Rive sud-ouest du lac Baikal

Comme nous vous l'expliquions, la randonnée sur la rive sud-ouest du Baikal n'est pas une panacée pour la marche en elle-même. Cependant la nature brute est un environnement que nous apprécions énormément et les bivouacs nous ravissent ! Paradoxalement, nous ne sommes pas du tout isolés car les lourdes infrastructures sont à quelques mètres mais le sentiment de nature rustique est bien là, encore augmenté par la météo capricieuse et le brouillard casi-permanent.

Quelques photos maintenant que la connexion Internet est bonne.

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08 août 2012

En mode Robinson sur le plus grand lac du monde

Après Babushkin, nous obliquons plein ouest le long du Baikal, en direction d'Irkoutsk. Nous sommes dans le mauvais temps qui ne va plus nous quitter cette semaine. La topographie des lieux est très simple : une rive de galets ou de sable avec parfois quelques rochers marque le niveau du lac, à 455m d'altitude. Entre une dizaine de mètres et 1 km du bord de l'eau, on trouve la double voie du Transiberien. Voie électrifiée parcourue 8 à 10 fois par heure par un convoi de marchandises ou un train de voyageurs. Parallèle au train, la grande route qui relie Moscou à Vladivostok court dans la forêt. Au sud, la chaine de montagne de l'Ama Dablan culmine à plus de 2500m. Partout dans les intervalles, la grande et impénétrable taïga. Et tous les km, une rivière à traverser. Selon son humeur, le randonneur au long cours peut donc choisir entre la rive, la voie ferrée ou la route. On a déjà vu choix moins cornélien ! Les 3 itinéraires ont leurs inconvénients. Aucun n'a vraiment d'avantage.

La rive est évidement la plus belle et la plus sauvage. C'est là qu'on revient invariablement tous les soirs pour planter notre tente. C'est aussi là qu'on étanche notre soif quand on n'a pas de rivière propre sous la gourde. Mais la progression y est d'une lenteur désespérante. Les galets et le sable nous enlisent au sol, les arbres poussent parfois jusqu'au bord et nous obligent à des acrobaties aériennes pour rester sec. Et les rivières nous voient nous déchausser, voir nous déshabiller entièrement, beaucoup trop souvent. Sans compter qu'une profondeur de plus de 1m40 nous bloque définitivement. On se tourne alors vers les ponts de la voie ferrée.

Pour celui qui sait adapter son pas à la largeur des traverses de chemin de fer, suivre le Transiberien peut être une bonne option. Il faut choisir le côté gauche de la voie, à l'inverse de la France, pour voir les trains venir de face. Bien sûr les convois sont lents, peut être 60 km/h, mais toutes les 5 min, il faut se réfugier dard dard dans la bas-côté. Par très propice aux rêveries tout ça...

La route est une route nationale avec son lot de camions surchargés lancés à plus de 100km/h, ses Ladas brinquebalantes au bruit strident et ses berlines japonaises qui passent telles des fusées. Un petit talus accueille les pas du marcheur qui se demande bien ce qu'il fait sur la Nationale 7.

On jongle donc entre ces 3 itinéraires parallèles, en se précipitant sur les petits sentiers que les employés de la SNCF locale ont parfois aménagés. Les routes carrossables à l'approche des villages sont elles aussi louées à leur juste valeur. Il faut juste avoir de bonnes chaussures dans les herbes hautes, trempées nuit et jour par le crachin du lac ou tout simplement par les pluies quotidiennes.

C'est dans cette ambiance que nous progressons. Heureusement, 3 problèmes récurrents du marcheur n'existent plus ici. Jamais de problème d'eau potable, il y a la plus grande citerne du monde à nos pieds, continuellement remplie par des centaines de rivières. D'autre part, la navigation est extrêmement simplifiée. Il suffit de suivre la rive et nous arriverons au but ! Enfin, les spots de campings sont partout. Nous trouvons toujours des bivouacs idéaux et le bois à disposition nous autorise tous les feux de camps et BBQ voulus.

 

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07 août 2012

Les volontaires

Il est 15h dans le petit village de Tanchoy, sur la côte sud du Baikal. La nuit précédente a été bien pluvieuse et nos affaires sont étendues à même le sol pour sécher au maigre soleil. Nous dégustons un umul fumé quand quelques jeunes viennent nous aborder en anglais. Il s'avère qu'une fille parle même français et qu'ils sont des jeunes volontaires internationaux, en charge d'un chantier de nettoyage des berges du lac. Comme ils nous ont vu bien mouillés, ils souhaitent nous inviter à leur camp pour la nuit. Nous faisons donc tellement pitié ? Même si notre marche de la matinée a été plutôt tranquille avec 12 km, nous acceptons avec plaisir de rejoindre leur campement et d'échanger avec cette équipe multilingue et multiculturelle.

En arrivant au camp, on découvre la dizaine de volontaires d'une vingtaine d'années. Il y a des Russes qui ne parlent pas anglais, des Taïwanais qui ne parlent pas russe, des Sud-coréennes, un Allemand et donc 2 Français pour la soirée.

Nous sommes surpris de voir leur manque de moyens et d'organisation. Il n'y a par exemple qu'une casserole pour cuisiner, pas de vrai emplacement aménagé pour le feu, juste des bancs de planches, la hache est cassée... Tout ça nous semble un peu léger pour un chantier sensé durer tout l'été. Les volontaires sont-ils trop jeunes ou mal encadrés ? On comprendra plus tard que les volontaires ne restent que 2 semaines sur place puis sont remplacés. Il faut peut être comprendre par là le peu d'entrain qu'ils mettent à aménager la place. Le chantier en lui-même consiste principalement à ramasser les ordures accumulées sur les berges par des générations de pêcheurs du lac. Et la tâche est ardue car les autochtones ne semblent pas suffisamment sensibilisés aux problèmes environnementaux. Chaque nuit, les pêcheurs maintiennent leurs filets en place et repèrent les lieux de pêche à l'aide de bouteilles en plastique. Et bien sûr les plages en sont souillées. Si on ajoute la passion des Russes pour le camping et les soirées arrosées en bordure de lac, on vous laisse imaginer le dépotoir. C'est d'autant plus vrai ici que les vents dominants soufflent du nord et que les déchets s'accumulent au milieu des multiples bouts de bois amenés par les vagues.

Au final, nous restons dubitatifs sur l'intérêt de nettoyer 2 km de plages parmi les centaines de km de la périphérie du lac. Nous espérons que cette action agisse comme un électrochoc pour sensibiliser la population...

La soirée, dans une brume londonienne, est très sympathique autour du feu, nous échangeons nos divers expériences de voyage dans une réelle bonne humeur. Après nos mois de périple en Chine, la discussion avec des Taïwanais est entre autres extrêmement enrichissante. Pour la nuit, on nous prête même une tente double-paroi, le luxe absolu dans une atmosphère si humide !

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Notre départ le lendemain matin semble une déchirure pour ces jeunes. On reçoit de multiples présents pour sceller notre amitié naissante et nous souhaiter bonne chance pour la suite. On leur souhaite bien du courage dans la noble tâche qu'ils se sont fixés et on reprend la route, ou plutôt la rive du lac, bien propre pour quelques hectomètres.

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06 août 2012

Babushkin

A peine arrivés en Russie, on nous prédisait que nous ne resterions pas seuls longtemps dans cette contrée. Une prophétie qui a révélé toute sa véracité depuis ! Nous étions depuis 1/4 d'heure sur la rive du Baikal, savourant l'instant et imaginant déjà fêter l'événement en buvant une bonne bouteille. Tranquilement assis sur une jetée en béton, nous regardions le soleil descendre sur l'horizon. A Babushkin, petite ville de 5000 habitants, l'astre se couche dans le lac. Nous avons commencé notre périple avec de magnifiques couchers de soleil sur le désert, voilà que nous avons à nouveau l'horizon comme dernier obstacle à la course du soleil. Derrière nous se dessine la ville, enserrée entre les montagnes et la voie ferrée qui longe la côte. Nous avons en effet rejoint le Transibérien. Ici, la moitié des emplois est liée au ferroviaire et tout rappelle l'importance du train dans le quotidien des habitants. De vieux wagons, des containers rouillés sont entreposés pêle-mêle sur la grève et, additionnés de tout un tas de bric-à-brac forment des cabanons déglingués. Les propriétaires des lieux y viennent passer leurs soirées et s'y reposer entre deux baignades. Comme partout en Bouriatie, de vieux bâtiments désafectés et des maisons abandonnées, témoins de l'ère soviétique, jonchent les villes et leurs abords.

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C'est dans ce décor contrasté que débarque Alexander avec sa canne à pêche et ses vers. La pêche est l'un des loisirs estivaux très populaires ici. Nous passons un moment avec lui, demêlant sa ligne, regardant ses vidéos de l'armée le montrant tirant au pistolet ou faisant des altères... Les Russes ont définitivement l'air un peu portés sur la chose militaire quand même. Parallèlement, nous sommes approchés par un groupe d'adolescents qui traine ses basques sur la jetée. Julia nous parle dans un anglais appréciable et fait la traduction pour tous ses copains. Du haut de leurs 16 ans, ils sont hyper curieux de notre vie en France. Puis, à 23h passés, nous les quittons tous pour enfin profiter de notre soirée. Mais Julia nous court après et nous invite chez elle. Ses parents sont d'accord. Banco, on y va, ne sachant à quoi nous attendre car nous n'avons jamais été invités par un adolescent.

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Chez elle, c'est la fête. Les grandes sœurs, leurs maris et enfants, les cousins et la grand-mère passent quelques jours de vacances. Habiter au bord du lac est l'assurance d'avoir de la visite en été. On se joint donc à l'ambiance et Julia traduit toujours...elle veut être interprète, voilà donc une sacrée occasion de s'entraîner pour elle ! L'accueil est formidable comme d'habitude. Nous passons le lendemain matin à discuter avec Serguei le papa de Julia qui est chasseur d'État. Pendant tout l'hiver il arpente ses 80.000 ha (40 km*20 km) tout seul dans la taïga, ne redescendant en ville que 2 jours tous les 15 jours. Les ours font exception car ils sont traqués par équipe de 4 hommes. Les peaux sont vendues pour faire des manteaux et les fameuses chapka russes !

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L'après-midi nous rajeunit de quelques années : nous la passons au lac, sous le soleil avec Julia et ses copains. Une bonne bande de potes qui s'ennuie dans la mollitude de Babushkin et se voit déjà développeur pour l'un (Vlad a la connection Internet la plus rapide de la ville: 1Mb/s...), sportif professionel pour l'autre (mais quel sport Andrei ?), employé ferroviaire pour le moins ambitieux et bien sûr interprète anglophone pour Julia. La vie en Bouriatie ne semble pas baignée par l'opulence. Et aucun de ces jeunes ne s'y voit une fois la majorité atteinte. Nous parlons musique, ciné, sport, mode, coût de la vie. Le regard de ces jeunes est fort intéressant et complète bien les points de vue que nous avons déjà recoltés ici. Nous apprécions tout particulièrement dans ces voyages la diversité des rencontres. Notre statut d'étranger pélerin fait sauter les barrières sociales. Passer sans cesse de grandes mégalopoles comme Pékin ou UlaanBaatar au fin fond des campagnes donne l'occasion de côtoyer un panel important d'une population. Expats, employés, retraités, paysans, ermites, de 7 à 99 ans, tous ont un regard différent sur leur vie et nous apportent une nouvelle clé de compréhension du territoire où nous passons. C'est une des plus grandes richesses du voyage à pied qui autorise à aller partout, à voir beaucoup. Mais dans ces conditions, le voyageur doit faire preuve d'une énorme capacité d'adaptation pour ne jamais décevoir ses hotes.

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05 août 2012

On en a rêvé, on l'a fait !

Après trois mois et demi de marche, nous l'avons enfin atteint. Il a peuplé nos visions les plus folles quand nous avancions dans les sables du Gobi et s'est rapidement imposé comme l'un des buts de nos efforts. Sa simple évoquation a suffit à étancher notre soif, à nous donner l'impression que nous étions propres comme un sous neuf. Chaque dune nous laissait croire qu'elle le cachait jalousement et que nous allions enfin le découvrir une fois l'obstacle gravi.

Nous sommes incroyablement conditionnés par nos habitudes et notre histoire. Transpirant sous le soleil ardent, les pieds dans le sable, nous ne pouvions nous empêcher de croire que nous allions sous peu tomber sur un vaste volume d'eau dans lequel laver toutes nos peines et rafraichir notre corps. Soleil chaleur = plage ET eau pour se baigner, non ?

Ce genre de voyage, par son inconfort matériel, permet de se defaire de certaines associations d'idées ou sensations dont nous sommes plus ou moins prisonniers. Tout le monde ne connaît pas le plaisir de s'immerger quand il fait chaud ! Et oui, il est possible de survivre en été sans la douce caresse de l'eau sur la peau ! Mais avant d'intégrer au plus profond de son être cette évidence, le manque fait souffrir, puis simplement dérange.
Au nord du Gobi nous avons été surpris par l'absence d'eau de surface et les difficultés engendrées pour tous. Alors, oui, le Baikal, la perle bleue de Sibérie s'est personnifiée au fur et à mesure de notre périple et a endossé le rôle de source de vie. Comme l'eau est indispensable dans notre mode de vie ! En avoir à volonté à portée de main est un luxe dont nous ne nous rendons plus compte. Et entre les rives du Baikal c'est 20% du volume mondial d'eau douce contenue dans les lacs et rivières qui est stockée.

Alors quand enfin nous l'avons eu sous les yeux, quand nous avons contemplé l'ampleur de son emprise, la générosité de ses paysages et la transparence de ses eaux, nous avons savouré le moment et ressenti une grande gratitude envers tous les facilitateurs rencontrés sur les chemins.
Nous sommes arrivés au but géographique que nous nous sommes fixés quand nous avons obtenu notre maigre mois de visa russe. Et nous avons en route clarifié bien des choses de notre existence, pris quelques décisions importantes pour notre futur. "Ne pas planifier, c'est planifier ses échecs" disent certains. Nous en sommes !

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04 août 2012

Entre chiens et loups (et ours)

Pour gagner du temps et sortir un peu des sentiers battus, nous prenons un "raccourci" entre Guzinoozersk et Babuchkin. La route classique et le Transmongolien suivent le fleuve Salenge et passent par Oulan Oude, capitale de la Bouriatie, avant de rejoindre le lac Baikal. Notre solution nous fait économiser plus de 300km (soit 10/12 jours de marche) mais nous fait entrer de plein pied dans la taïga, nouvel univers peuplé de bêtes féroces, grandes et petites. Les locaux nous ont notamment mis en garde contre les loups et les ours et nous ont questionnés sur le type d'arme à feu que nous utilisons... Heu, un couteau, ça va ?

Nous avons comme toujours repéré le tracé sur Google Earth et noté les coordonnées GPS de notre parcours. Pourtant, les photos satellites sont de piètre qualité et nous n'affichons pas la sérénité habituelle. Nous sommes bien conscients que nous allons nous enfoncer dans l'inconnu, un véritable désert humain. Avec 4 jours de nourriture, nous pensons passer cette chaîne de montagne de 100km pour rejoindre le Baikal.

Nos pas nous mènent assez rapidement en altitude et nous sentons bien que la région se désertifie. La route carrossable devient piste puis vague sente dans la forêt. Nous croisons malgré tout quelques chasseurs et bûcherons. Sur le terrain, nous nous apercevons que ce que nous avons pris bien calés devant un PC pour une piste bien droite est en fait une ligne électrique. Pas le plus facile à suivre sur des dizaines de km... Heureusement, les intersections sont rares et par là les occasions de se poser trop de questions. Physiquement, nous redécouvrons la marche avec du dénivelé. Ces 4 jours sont éprouvants mais nous ne pouvons pas nous permettre de douter. On avance, en suivant le cap, en se référant à la forme des vallées.

En terme de faune, nous avons clairement gagnés au change ! Quelques moustiques mais notre équipement est surdimensionné et les gros fauves ne laissent voir que quelques traces dans la boue. On prend les précautions classiques en éloignant la nourriture et les produits de toilette pour la nuit et l'on se couche près du feu.

Le dernier jour, nous espérons apercevoir le tant convoité Baikal mais la végétation est si dense qu'il nous faudra attendre les derniers hectomètres pour découvrir la perle bleue de Sibérie...

Posté par Julie Philippe à 15:20 - Commentaires [1]

Moskito land

Revigorés par les bons soins de la famille de Sacha nous nous élançons toujours plein nord le long de la Selenge. Cette large rivière se jette à terme dans le Baikal et reçoit entre autres les eaux de l'Orkon en Mongolie, dont nous avons déjà parlé. Comme son affluent, la Selenge s'écoule au fond d'une vallée ultra-plate en méandres tortueux. Résulat, en cette saison c'est toute la vallée qui est inondée et forme un vaste marécage tellement propice aux moustiques ! On croyait avoir vécu l'enfer quelques jours auparavant mais la densité de ces affreuses bêtes autour de nous pouvait encore être plus forte...un nuage, que dis-je un brouillard londonien nous entoure, nous cache la vue et couvre les bruits alentours. Nous marchons dans une bulle vivante et grouilante, qui sait se faire sentir !

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Une voiture s'arrête, le conducteur nous prend de pitié, nous propose de monter et finalement nous asperge de répulsif. Précaution utile mais temporaire ! Une nouvelle nuit sous la tente où le vrombrissement des insectes se partage le fond sonore avec le tambourinement des gouttes sur la toile a raison de notre courage. A chaque sortie de l'abri, c'est une cinquantaine de moustiques qui rentrent avec nous aggripés dans nos cheveux et collés sur nos vêtements. La chasse commence dans la tente... un vrai carnage !

En sus, notre carte nous prédit la traversée d'un marécage sur au moins 30 km d'ici peu. On va déguster ! A moins que ce ne soit les moustiques qui nous dégustent ! Bref, retour en arrière, et direction la ville la plus proche pour s'équiper ! Alors, cosmonaute ou apiculteur ?

Ainsi accoutrés nous reprenons du poil de la bête et poursuivons ! A nous la taïga !

Posté par Julie Philippe à 14:43 - Commentaires [1]
27 juillet 2012

Sacha and Co

En quittant Viktor, nous avalons d'une traite les 25 km qui nous séparent des abords du bourg suivant. Nous partons en milieu d'après-midi et franchissons une petite chaîne montagneuse. Nous n'avons que 2 litres d'eau et guettons les fermes isolées dans ce paysage déserté. Mais rien ne se profile à l'horizon et nous sommes donc contraints de pousser jusqu'à la rivière qui est sur notre route. Ses berges sont à première vue paradisiaques, et nous nous imaginons déjà lovés sur les galets, bercés par le gargouillis des flots, le regard perdu dans les ravours naissants. Mais la horde de moustiques qui garde ce petit paradis nous fait même passer l'envie d'y remplir notre bouteille. Nous nous hâtons de nous éloigner et de plonger dans la tente. Et c'est donc le gosier un peu sec que nous nous endormons au doux vrombissement des centaines de moustiques qui nous surveillent...

Nous nous réveillons le lendemain matin trempés de sueur dans notre serre tropicale ! Dans notre hâte la veille, nous avons mal choisi notre emplacement et nous n'avons pas d'ombre. De plus, les moustiques nous obligent à nous barricader et le moindre rayon de soleil fait grimper le thermomètre en flèche... S'extraire de la tente est un acte courageux... Les insectes piqueurs ont patienté toute la nuit posés sur notre toile et sont aussi assoiffés que nous ! Plier le camp et gambader jusqu'à la ville avec notre escorte qui toujours s'approche trop est un de ces moments désagréables qu'on préfère vite oublier.

C'est exténués et dépités que nous atteignons l'épicerie centrale où l'on va enfin pouvoir boire et souffler un peu. Comme par magie, les moustiques restent toujours aux portes des villages et même le nuage qui nous tourne sans cesse autour se dissipe comme par enchantement quand on entre en ville.

Un peu hébétés par les évènements des derniers jours et cette folle course, nous n'avons même pas le temps de poser nos sacs devant le magasin que débarque un bon-vivant qui nous cause avec beaucoup d'insistance. Nous n'avons pas vraiment envie de comprendre ce qu'il nous raconte, mais il y met tellement de coeur que nous ne pouvons feindre de ne pas reconnaître quelques mots comme "bania" (la fameuse version russe de la salle de bain !), "doma" (la maison, la sienne quoi !), etc. Et bien évidemment, nous acceptons son invitation puisque c'est de cela qu'il s'agit ! On charge les sacs dans sa Lada et nous voilà partis pour 3 jours de folie avec Sacha, Natacha et leur petite Dacha de 5 ans.

Cette petite famille kazako (lui) - ouzbeko (elle) - russe (la petite) nous a choyés et offerts une partie de leur vie estivale. Sacha, 52 ans touche une petite pension pour ses 20 ans de carrière dans l'armée, et a donc du temps pour aider Natacha qui vend les produits du jardin au marché. Pendant notre présence, ils sont donc tous les trois à la maison rien que pour nous !

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Et nous sommes aussi là rien que pour eux ! Car dans ce genre d'invitation c'est l'hôte qui est demandeur à la base. C'est lui qui vient nous chercher et nous convainct de le suivre, et c'est lui qui est heureux de la distraction que notre présence si inattendue offre à son quotidien. Nous avons tendance à l'oublier et à toujours être gênés de l'intérêt que nous suscitons. Il nous faut rencontrer les voisins, les amis et à chaque fois faire honneur aux produits toujours frais et "home made" qu'on nous propose.

Nous ferons une visite à la Maman de Natacha qui vit dans le même village. Elle nous présente avec fierté son potager, sa basse-cour et nous convie ensuite à un gros buffet au cours duquel elle se fâche si on ne mange pas assez de sa confiture, de son miel ou de ses légumes ! Elle va ensuite fouiller dans sa chambre et nous présente sa médaille de mérite pour avoir eu 10 enfants ! On ne pourra pas repartir sans une paire de chaussettes de laine tricotée main pour Philippe. Julie y échappe car la babouchka n'a pas la bonne taille.

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Le lendemain, on charge la voiture, on emmène les petits cousins et en route pour le lac voisin. On commence par un bain de boue pour les articulations puis baignade pour se rincer et barbecue pour se sustenter... Hum !

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Au retour, il nous faut expérimenter le bania, un monument en Russie : c'est une sorte de hammam très chaud qui est utilisé pour se laver. La pièce est pourvue de bassins d'eau chaude et froide et de branches de bouleaux pour se fouetter... on en ressort complètement mou, très las et avec la peau toute douce ! il faut plusieurs heures de chauffage pour l'amener à bonne température, celle qu'un Français "normal" ne peut pas supporter plus de 5 min.

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Et encore beaucoup de bonnes choses à manger, directement issues du potager sans pesticides ("organik"), et de conversations animées sur la Russie et Poutine. On en apprend des choses en si peu de temps !

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Posté par Julie Philippe à 14:25 - Commentaires [1]
25 juillet 2012

Arrestation... mais pas expulsion !

Sans que nous l'ayons vraiment anticipé, la piste que nous suivons longe de très près la frontière mongole. Nous sommes à quelques mètres des 2 lignes parallèles de fil barbelé et périodiquement des miradors marquent notre progression. Un soir vers 18h, nous demandons de l'eau dans une ferme où les gens sont plutôt bizarres, peut être un peu alcoolisés (?) et repartons avec plus de 5 litres (donc 5 kg), histoire d'être tranquille de ce coté là. Après quelques km, nous trouvons un lieu de bivouac et nous prenons une grande goulée d'eau... poua !! mais elle est coupée au gazole cette flotte ! Philippe se risquera à quelques gorgées supplémentaires mais définitivement c'est imbuvable. Ça restera une énigme : vieux jerrican utilise pour le stockage ou moyen de désinfection archaïque à l'essence ? Dans tous les cas, triste soirée sans eau.

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Le lendemain, toujours à sec, nous cherchons une ferme pour faire le plein. On s'approche d'une masure près de la Selenge et nous tombons alors sur une fermière, son fils et Viktor, 60 ans. Tout de suite, nous sommes invités à prendre le petit-déjeuner avec eux. On nous sert du thé, des concombres au sel, des beignets... La discussion commence, difficile pour nous, mais Viktor est intéressant et intéressé. A la fin du repas, contre tout attente, il nous propose un tour en barque sur le fleuve qui longe la ferme. Nous le suivons incrédules mais il y a bien une frêle embarcation sur l'eau de la Selenge qui clapote. Nous nous installons à l'avant et Viktor prend les rames en riant beaucoup. Il répète plusieurs fois le mot "romantik" et nous nous relayons pour ramer.

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Au retour sur la berge, nous sommes attendus par 2 militaires qui exigent de voir nos passeports et notre "dokument" ! Quel document ? il y a bien notre passeport en règle avec un beau visa russe dessus, non ? En fait, on comprendra après moultes explications (et un peu de mauvaise foi de notre part) que nous sommes dans une zone frontière et que nous n'avons pas le laisser-passer qui va bien... Direction la caserne en jeep pour clarifier tout ça.

On passera finalement 5h dans la salle TV du cantonnement, le temps pour l'officier qui nous a arrêté de nous interroger séparément dans un anglais balbutiant et de rédiger les rapports suivants :
- le pourquoi du comment de l'arrestation avec tous les détails
- La raison de notre présence dans cette zone interdite
- Notre argumentaire pour avoir enfreint la loi (ou comment dire "on ne savait pas" en 3 pages)
- Et enfin la solution trouvée et argumentée (tout simplement nous laisser partir vers le nord)

Un total de 12 pages chacun que notre "pauvre" officier tapera consciencieusement, en pestant plus que nous sur la "bureaukratia" de son pays. Nous paraferons et signerons une vingtaine de fois ces feuillets inintelligibles pour nous. Et bien sûr, nous repartons avec 2 documents que nous devrons présenter en cas de futur contrôle.

Nous demandons alors qu'un chauffeur nous ramène vers notre point de départ car il est déjà 14h30 et nous n'avons pas assez de nourriture pour nous permettre de traîner. L'officier nous explique alors que Viktor a appelé et nous attend pour déjeuner ! Ce cher Viktor, alors qu'on le soupçonnait à un moment de nous avoir dénoncés et d'avoir prétexté le tour en barque pour nous faire patienter !

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Nous déjeunerons de farce de poissons péchés le matin même dans la rivière puis nous nous remettons en route avec le précieux sésame en poche pour les futures rencontres avec la maréchaussée. Le soir, nous retrouvons un semblant de civilisation avec la ligne du chemin de fer. Plus que 5867km jusqu'à Moscou... heureusement qu'on s'arrête avant !

Posté par Julie Philippe à 04:16 - Commentaires [1]
21 juillet 2012

Россия (Russie)

Le 16 juillet, conformément à nos visas mongol et russe, nous avons passé la frontière nord de la Mongolie pour entrer en Siberie, dans l'immense fédération de Russie. On change de langue mais on garde le même alphabet. Comme dans le sud, il nous a fallu négocier une place dans une voiture car le no-man's-land est interdit au piéton des steppes. Cette fois-ci, le combat est moins ardu : les véhicules ne sont pas comblés de produits chinois et nous prenons place dans la première voiture de la file. Avec quoi d'ailleurs remplir sa voiture en quittant la Mongolie, pays le moins dense du monde, plutôt caractérisé par la pénurie ?

Les deux femmes qui nous prennent à leur bord moyennant quelques roubles ont malgré tout un peu trop de vêtements, peluches et chapeaux pour être honnêtes... Elles cherchent ensuite à nous mettre des piles de T-shirts dans les sacs à dos, sous prétexte que les étrangers ne sont pas embêtés. Évidemment, on fait semblant de ne pas comprendre leur supplication, tout en les regardant enfiler un 3eme pantalon et bourrer leur soutien-gorge de divers vêtements. Et effectivement, à l'entree en Russie, une des 2 comparses est arrêtée par les douaniers et ne finira pas le passage avec nous... On filera sans demander de ses nouvelles.

C'est donc l'entrée dans un nouveau monde. Rarement frontière terrestre ne nous a semblé séparer autant deux univers. Au delà de la langue et de la monnaie, c'est l'organisation complète de la vie qui est changée. Gutchuluk, le nomade mongol, éleveur de moutons vivant dans sa yourte, a laissé la place à Serguei, grand blond aux yeux bleus, cultivateur dans son isba. Même le supermarché de la ville-frontière est une surprise : quoi, mais ils ont plus de 2 variétés de fruits ici !?

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Quelques heures à Kiakhta pour faire le plein de vivres et s'adapter au choc culturel. On croise également deux Français en galère de bougies dans leur camion aménagé mais bien vieillissant. Espérons qu'ils lisent ces lignes depuis la Mongolie. Nous filons ensuite plein Ouest pour fuir la grosse route, axe principale de la Bouriatie et beaucoup trop passante pour nous. On doit traverser le fleuve Salenge au plus vite car il n'y a pas d'autre pont avant plusieurs centaines de km.

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Tout le monde nous a inquiété sur le présence de loups et de chiens sauvages. Comme toujours dans les voyages à pied, la vallée suivante est très mal fréquentée, il n'y a que des bandits et des bêtes sauvages. Et l'on sait pertinemment que leurs voisins nous demanderont demain comment on a pu passer par la vallée précédente, peuplée uniquement de bandits et des bêtes sauvages... Au final, les seuls nuisibles sont les moustiques qui ne respectent même pas la frontière et nous obligent à trouver refuge dans la tente aussitot qu'on s'arrête pour la nuit.

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Posté par Julie Philippe à 13:53 - Commentaires [1]
20 juillet 2012

Tutoyer les anges sous la yourte

Après le Naadam d'Oulan Bator, nous avons repris la route vers le nord, vers la frontière russe. Un coup de train de nuit pour refaire le chemin déjà parcouru et nous sommes à nouveau à la campagne. Pour des raisons de visa, nos jours en Mongolie sont comptés et nous souhaitons profiter au maximum de ce pays. Depuis 2 mois que nous arpentons ses pistes, ce pays est pour nous un territoire de randonnée connu. Nous savons où trouver l'eau et où planter notre tente dans les meilleures conditions. Après une belle journée de marche, nous trouvons un bivouac bien à l'ombre du soleil du lendemain et nous dégustons une délicieuse compote de rhubarbe sauvage.

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Au réveil, la météo est clémente et nous partons plein d'entrain pour tracer la route... jusqu'à ces deux yourtes.

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Car à partir de là, tout s'enchaîne. On nous propose un tsai puis quelques fromages à grignoter, des petits beignets et l'ambiance est très détendue. On comprend qu'il y a là la grand-mère, 3 couples et leurs enfants, tous de la même famille. Certains habitent ici, d'autres viennent de la ville pour les vacances et repartent ce soir. Une invitation classique donc... jusqu'à ce qu'une jeune fille revête un manteau étrange, plein de tresses de tissu. Elle enfile également une coiffe ornée de plusieurs plumes et qui lui masque pratiquement les yeux. Elle porte des belles bottes richement décorées qui dénotent avec celles des autres membres de cette grande tribu. On nous explique alors à notre stupéfaction que cette jeune fille de 19 ans est une "boo", une prêtresse et que nous allons assister à une célébration chamanique !Tous les participants se déchaussent, les femmes à l'est de le yourte et les hommes à l'ouest. On rabat l'ouverture du haut de la yourte pour faire l'obscurité. La prêtresse prend un gros tambour à bras le corps et se met à frapper frénétiquement, pour rentrer en transe après quelques minutes. Elle a quelques convulsions puis se calme et s'assoit sur une pile de tapis. Elle demande alors à chacun de venir s'agenouiller devant elle pour une sorte de bénédiction qui se fait en reniflant la nuque et les tempes du dévot. On comprend que les membres de la famille qui ne sont que de passage sont à l'honneur au cours de cette cérémonie. Un dialogue s'installe entre la chamane et ses ouailles. Les différentes voix qui sortent de la gorge de la prêtresse nous font croire à des contacts avec certains esprits qui auraient été invoqués.

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Périodiquement et sur sa demande, on donne à boire du lait ou de la vodka à la chamane. Elle boit alors ou rejette la coupelle et son contenu sur l'assistance, sans raison apparente. Plusieurs fois, des petits bols sont envoyés à travers la yourte et les participants doivent se prosterner, chacun devant sa coupelle puis la ramener au pied de l'officiante. A notre tour, on doit boire quelques centilitres de vodka et nous agenouiller. Nous nous prêtons avec joie à ce cérémonial, tout heureux d'être ainsi invité à ce que les Mongols ont de plus intimes, leurs croyances. L'épisode suivant est une sorte de châtiment que chacun reçoit sur le dos, donné par la chamane avec un gourdin chargé de métal qu'elle porte à la ceinture. Le coup est rude mais peu douloureux. Là encore, nous acceptons ces 3 flagellations pour le plaisir de la découverte culturelle.

La cérémonie touche à sa fin et nous sommes tour à tour béni une nouvelle fois, puis la jeune fille tambourine et redevient "elle-même". Le total a quand même duré près de deux heures dans la pénombre de la yourte close. Quel honneur pour nous d'avoir pu assister à cette séance, même si nous n'en comprenons pas tous les tenants et aboutissants.

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Après une telle émotion, nous acceptons le déjeuner auquel on nous convie. En fait, il s'agit de "boots" de foie frais, cuits à la vapeur. Chacun les mange assis par terre dans la yourte, en toute simplicité. Bientôt les citadins vont repartir et nous pensons prendre congé à ce moment là. Mais on nous retient encore et l'hospitalité nous est proposée pour la nuit. Riches de cette initiation, nous acceptons avec joie. La fin d'après midi est une succession de moments de détente et de nouvelles expériences. Julie participera à la traite et se fera faire les ongles (!), Philippe ira chercher de l'eau au puits sur un fougueux destrier. On joue tous ensemble au volley, également avec la chamane redevenue jeune fille, pleine de curiosité et d'immaturité. La nuit est agréable sous les yourtes mongoles et après un bol de tsai et quelques beignets, nous repartons le lendemain en direction de la frontière.

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Posté par Julie Philippe à 06:40 - Commentaires [0]
18 juillet 2012

Rats des villes et rats des champs

Voici deux mois que nous mangeons comme les Mongols, tantôt des villes, tantôt des champs. On distingue ici deux "gastronomies", celle des urbains basée sur des produits importés et celle des nomades qui se nourrissent principalement des produits de l'élevage.
Autant mettre de suite les pieds dans le plat et ne pas tourner autour du pot : par "gastronomie" on entend "tradition culinaire mongole"...cette dernière n'étant ni fameuse ni délicieuse. On pourrait même dire "sans grand intérêt" autre que celui de se sustenter et d'enrichir le business des hypocholestérolémiants et bientôt des régimes en tout genre. En dehors de la capitale, les Mongols sortis de l'adolescence sont gros et gras à la fois. Certes, pour supporter leurs conditions de vie hivernale, il faut bien une isolation graisseuse. Mais à l'inverse de leur bétail, ils ne semblent pas perdre leurs réserves et fondre comme neige au soleil à la fin de l'hiver. Le résultat est une accumulation annuelle et le poids des années est criant. Alors évidemment quand il fait 35 degrés, cette corpulence est peu adaptée. Les hommes exhibent leur ventre énorme en relevant leur t-shirt sous leurs seins. Et pour nous faire rire ils font parfois trembler cette boule de graisse proéminente. C'est d' une élégance rare...
Mais retournons-en à nos moutons. Que mange-t-on finalement ? On serait tenté de dire que le plat national est un petit chausson de pâte fourrée de viande ovine hachée avec quelques oignons. A pâte et farce identiques, deux variantes qui diffèrent par leur forme et leur mode de cuisson : la plus commune et la plus goutue est une demi-lune frite dans l'huile, la plus diététique est un ravioli cuit à la vapeur. Ces chaussons sont consommés à la ville comme à la campagne à toute heure. C'est en quelques sortes l'équivalent de nos sandwichs. Ils s'accompagnent d'une des deux sauces qui résument bien la finesse du plat : ketchup pimenté et viandox. Une tasse de tsai pour faire glisser le tout et c'est reparti !
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Préparation...
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...dégustation
Les plats un peu plus "élaborés" qui sont servis dans les gargotes sont à base de riz, de pâtes ou de pomme-de-terres dans le nord. Mélangés avec du tout-venant de bœuf et de mouton, et parfois quelques râpures de légumes pour la couleur, on obtient une montagne luisante poséesur une assiette. Ketchup-viandox pour agrémenter tout cela bien entendu. 
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Avant ........  Pendant
Les restaurants un peu plus haut de gamme ont à la carte des goulaches et autres plats en sauce. Deux cuillères de salades type coleslawtirées d'un gros pot en plastique importé égayent l'assiette et justifient le prix. Et toujours une unique fourchette en guise de couvert, ce qui oblige à utiliser dents et doigts pour découper les bouts un peu trop massifs. Ici pas de chichi, on mange tout, surtout les gros morceaux de gras. 
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Il nous arrive parfois de songer avec envie à une bonne côte d'agneau au barbecue...mais cette cuisson, ne conservant pas toute la graisse, n'est pas utilisée ici. Bref tout est bouilli ou frit et servi dans son jus !
Les épiceries sont assez répandues. Chaque bourg de plus de 50 habitations en a au moins une. C'est le magasin de tous les espoirs pour nous. A chaque ravitaillement, on rêve secrètement de trouver un produit nouveau et bon... Mais toutes les étagères supportent invariablement les mêmes denrées importées des pays voisins ou de l'ex bloc de l'est. Compote de pomme et chocolats allemands, conserve de fruits polonaise, pâtes, céréales, mayonnaise et biscuits russes, poitrine fumée hongroise, saucisses kazaks, nouilles chinoises, lait en poudre coréen coupe à l'huile de palme... Les aliments mongols sont rares et se résument à du miel, une marque de jus de fruits tropicaux (made in Mongolia, enfin surtout le mélange des poudres de fruits avec l'eau !), du pain et des biscuits et...des salades de carottes prêtes à l'emploi ! Oh bonheur quand on trouve ! 
Un mot sur la conservation : les Mongols congèlent tout, à commencer par la viande et tous les produits laitiers : lait, fromage type européen, beurre... Étrange coutume, mais c'est un des seuls moyens de conservation qu'ils ont à disposition. Le pays manque cruellement d'infrastructures et d'industries : malgré un cheptel conséquent et des surplus laitiers, aucune filière non artisanale ne collecte le lait pour le transformer. Pas d'UHT, pas de dessiccation, il reste donc la congélation dans des bouteilles en plastique des surplus des voisins. Et le lait UHT importé coûte 2 euros le litre...
La verdure fraîche est relativement limitée : oignons, choux et carottes... Un chou est trop gros pour nous deux, les carottes sont molles et pas prêtes à l'emploi mais par contre les oignons sont parfaits pour assaisonner du millet ! 
Extrêmement rarement, on découvre avec stupéfaction quelques tomates cerises, un concombre, des pommes et des clémentines. On en était friands au début, mais on s'est depuis habitué à un régime digne d'un célibataire endurci.  
Voilà grosso modo la base de nos repas et ce qui est accessible aux villageois. Tous ces produits étant importes, ils coûtent aussi cher voire plus cher qu'en France... Les Mongols, dont le salaire minimal est de l'ordre de 300 euros et celui d'un prof en début de carrière d'environ 450 euros, n'ont accès qu'avec parcimonie à tous ces étalages qui se garnissent de plus en plus depuis la fin du communisme. Manger local, on y pense toujours autant, mais ici c'est ardu ! Car local signifie viande. Mais que faire d'un morceau de mouton quand on n'a qu'un petit réchaud ? On va donc à chaque avitaillement se délester de quelques billets à plusieurs zéro dans les minimarkets. Et ce n'est pas peu dire car la monnaie est telle qu'on est régulièrement millionnaire en Togrog !

Le bol alimentaire des nomades est principalement constitué de la viande et des produits laitiers de leurs bêtes. Les produits carnés sont fournis par les ovins, bovins et caprins, et parfois les équins et camélidés. En complément, ils cuisinent très occasionnellement des plats similaires à ceux des gargotes ou achètent du pain et des biscuits.
Un mouton entier vaut environ 100 euros... soit 50 litres de lait UHT importé, ou encore 30 kg de bonne confiture...  
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Enfin, à l'instar de la majorité des civilisations actuelles, les Mongols ne mangent pas de dessert... C'est bien dommage pour nous, mais on arrive toujours à trouver une petite touche de sucré pour se donner du courage !  

Posté par Julie Philippe à 05:35 - Commentaires [1]
17 juillet 2012

Les bases de l'hospitalité mongole

Qui n'a entendu parler de la légendaire hospitalité mongole ? Elle fait la fierté de ce peuple et est largement reprise comme argument publicitaire par les voyagistes. Les nomades sont partout chez eux, la propriété privée n'existant que depuis deux décennies et n'étant pour l'instant pas appliquée à la steppe. Ils entrent dans les yourtes sans frapper, bien que leur arrivée soit généralement annoncée par les chiens. Et l'hospitalité est alors dispensée.

Nous y gouttons parfois, bien que nous n'osons guère nous présenter spontanément dans une yourte à moins d'avoir un réel besoin, tel que l'ombre dans le Gobi ou l'eau depuis que nous n'avons plus le Trollix. Dès que nous avons décliné notre identité et indiqué la raison de notre présence nous sont offerts du tsai, le lait au thé salé et un aliment consistant : dans le Gobi en mai, il s'agissait de beignets non sucrés (une pâte de farine et d'eau frite dans l'huile); dans le nord en juin et juillet, c'est toujours une sorte de fromage hyper acide dont on a déjà parlé il y a quelques jours.

Nous pensons que la différence est due à la saison plutôt qu'à un particularisme régional. En effet, les mois d'avril et mai sont mis à profit pour que le bétail reconstitue ses réserves graisseuses après l'hiver. La traite des vaches dans le but de constituer des stocks alimentaires pour l'hiver n'a lieu qu'en été.

Enfin, si on se présente à l'heure du repas on nous invite à prendre place dans la yourte autour de la table basse pour partager le dîner.

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Posté par Julie Philippe à 02:24 - Commentaires [0]
15 juillet 2012

Les aliments blancs, pâles copies de nos fromages ou obscures recettes ancestrales ?

Les aliments blancs comprennent le lait et ses innombrables dérivés. Ils font partie intégrante de l'alimentation des nomades. En Mongolie, le lait provient des cinq femelles du cheptel : vache ou yak dans le nord, brebis, chèvre, jument et chamelle dans le Gobi. Les saisons de traite sont variables selon l'espèce. En ce moment, c'est surtout les laits de vache et de chèvre qui sont prélevés.
La transformation du lait est ici un art millénaire dont il est déjà fait mention dans l'Histoire Secrète des Mongols,
la première œuvre littéraire de la culture mongole, écrite par un anonyme a la mort de Genghis Khan (1227). Et comme tout art culinaire millénaire, il y a sûrement autant de recettes que de yourtes dans la steppe. Ceci dit, voici un petit aperçu générique des principaux mets.

On vous a déjà parlé du tsai, ainsi que de la préparation la plus basique du lait frais : légère ébullition, refroidissement pendant 12 heures, puis séparation de la phase surnageante qui est constitué des protéines et des lipides et de la phase plus aqueuse qui est mise à cailler dans un grand récipient dans lequel il reste toujours un peu de matière des jours précédents et qui donne donc au bout de quelques heures un yoghourt/faisselle assez acide. Tout cela est délicieux et consommé frais.

Le lai est aussi transformé en produits non périssables et stockables pendant des années (oui, oui, même sans frigo !). C'est en fait principalement le yoghourt qui est pressé et mis à sécher à l'extérieur. Cela donne une sorte de fromage, acide, astringent et dur comme un caillou au bout de quelques mois de séchage. La dégustation se déroule comme suit :
Les incisives ne peuvent être utilisées pour casser un morceau au risque de perdre son dentier. Préférez plutôt une bonne molaire qui ne devrait pas se déchausser.
Une fois le morceau en bouche, la langue est happée et comme collée sur la structure poreuse d'un très vieux parmesan. La production de salive est alors indispensable pour lubrifier un peu l'ensemble.
Mais en dissolvant le pourtour du fromage, elle libère aussi l'acidité et votre palais est soudain baign
é dans un jus aigre et acide dont vous vous souvenez longtemps. Pour s'en sortir indemne, il faut mâcher vigoureusement, toujours avec les dents du fond, et surtout, avoir la main lourde sur toute boisson accessible.

Bref, on se régale ! Et le plaisir est récurrent car ces fromages nous sont offerts à tour de bras et sont bien entendus parfaitement adaptés aux voyageurs au long cours : secs et hyper caloriques, c'est un excellent rapport énergie/poids ! Donc, on en a toujours dans le sac...

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La phase surnageante issue de l'ébullition du lait peut aussi être dessiquée légèrement. Elle prend alors la forme d'un nugget de poulet (enfin, c'est peut-être ce à quoi on rêve à défaut de mieux !). Son goût est doux et légèrement sucré, dommage que ce produit soit rare ! 

DSC06524Fromage sec, fromage plus frais et "nuggets"

Le lait fermenté de jument ou de chamelle donne l'airag ou koumis, un alcool très consommé en Asie centrale et qui titre entre 3 et 10 degrés. Il s'obtient en laissant fermenter le lait dans une grande outre en peau dans laquelle reste toujours un peu des préparations précédentes, ce qui assure l'ensemencement en germes adéquats, et en le battant vigoureusement. Il parait que c'est bon et rafraîchissant, mais on n'en n'a pas encore goutté.
Enfin l'arkhi est une autre boisson alcoolisée obtenue par distillation de lait ferment
é autres que ceux de jument ou chamelle. C'est la boisson des fêtes qui se sert tiédie.

Les procédés de conservation du lait sont donc hyper efficaces en terme de longévité du stock, mais en contrepartie ne sont pas du tout dans les critères culinaires des occidentaux. Or, UlaanBaatar est plein d'expats. On voit donc fleurir des projets de fromagerie (ou de "fruitière" pour les Alpins !) qui produisent du "vrai" fromage ! Et on a eu la chance de passer 36 heures dans l'une d'entre elle, tenue par Carlos, un Suisse qu'on pourrait qualifier de fromager sans frontière tant il a bourlingué sur tous les continents pour transmettre son savoir-faire.

La principale différence avec la technique mongole est l'ajout de micro-organismes sélectionnés dans le lait juste pasteurisé. C'est là l'un des secrets qui rend le fromage doux au palais ! Nous apprenons avec Carlos et ses deux élèves mongols à faire, à partir d'un mélange de lait de vache et de chèvre du brie, du mascarpone, de la fêta et du lassi...et évidemment, on savoure le résultat ! Que c'est bon après tant de jours de steppe d'être si bien accueilli et nourri ! 

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La fromagerie de Carlos et la camion de pompier japonais pour la collecte du lait !

Posté par Julie Philippe à 11:29 - Commentaires [2]