06 août 2012

Babushkin

A peine arrivés en Russie, on nous prédisait que nous ne resterions pas seuls longtemps dans cette contrée. Une prophétie qui a révélé toute sa véracité depuis ! Nous étions depuis 1/4 d'heure sur la rive du Baikal, savourant l'instant et imaginant déjà fêter l'événement en buvant une bonne bouteille. Tranquilement assis sur une jetée en béton, nous regardions le soleil descendre sur l'horizon. A Babushkin, petite ville de 5000 habitants, l'astre se couche dans le lac. Nous avons commencé notre périple avec de magnifiques couchers de soleil sur le désert, voilà que nous avons à nouveau l'horizon comme dernier obstacle à la course du soleil. Derrière nous se dessine la ville, enserrée entre les montagnes et la voie ferrée qui longe la côte. Nous avons en effet rejoint le Transibérien. Ici, la moitié des emplois est liée au ferroviaire et tout rappelle l'importance du train dans le quotidien des habitants. De vieux wagons, des containers rouillés sont entreposés pêle-mêle sur la grève et, additionnés de tout un tas de bric-à-brac forment des cabanons déglingués. Les propriétaires des lieux y viennent passer leurs soirées et s'y reposer entre deux baignades. Comme partout en Bouriatie, de vieux bâtiments désafectés et des maisons abandonnées, témoins de l'ère soviétique, jonchent les villes et leurs abords.

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C'est dans ce décor contrasté que débarque Alexander avec sa canne à pêche et ses vers. La pêche est l'un des loisirs estivaux très populaires ici. Nous passons un moment avec lui, demêlant sa ligne, regardant ses vidéos de l'armée le montrant tirant au pistolet ou faisant des altères... Les Russes ont définitivement l'air un peu portés sur la chose militaire quand même. Parallèlement, nous sommes approchés par un groupe d'adolescents qui traine ses basques sur la jetée. Julia nous parle dans un anglais appréciable et fait la traduction pour tous ses copains. Du haut de leurs 16 ans, ils sont hyper curieux de notre vie en France. Puis, à 23h passés, nous les quittons tous pour enfin profiter de notre soirée. Mais Julia nous court après et nous invite chez elle. Ses parents sont d'accord. Banco, on y va, ne sachant à quoi nous attendre car nous n'avons jamais été invités par un adolescent.

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Chez elle, c'est la fête. Les grandes sœurs, leurs maris et enfants, les cousins et la grand-mère passent quelques jours de vacances. Habiter au bord du lac est l'assurance d'avoir de la visite en été. On se joint donc à l'ambiance et Julia traduit toujours...elle veut être interprète, voilà donc une sacrée occasion de s'entraîner pour elle ! L'accueil est formidable comme d'habitude. Nous passons le lendemain matin à discuter avec Serguei le papa de Julia qui est chasseur d'État. Pendant tout l'hiver il arpente ses 80.000 ha (40 km*20 km) tout seul dans la taïga, ne redescendant en ville que 2 jours tous les 15 jours. Les ours font exception car ils sont traqués par équipe de 4 hommes. Les peaux sont vendues pour faire des manteaux et les fameuses chapka russes !

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L'après-midi nous rajeunit de quelques années : nous la passons au lac, sous le soleil avec Julia et ses copains. Une bonne bande de potes qui s'ennuie dans la mollitude de Babushkin et se voit déjà développeur pour l'un (Vlad a la connection Internet la plus rapide de la ville: 1Mb/s...), sportif professionel pour l'autre (mais quel sport Andrei ?), employé ferroviaire pour le moins ambitieux et bien sûr interprète anglophone pour Julia. La vie en Bouriatie ne semble pas baignée par l'opulence. Et aucun de ces jeunes ne s'y voit une fois la majorité atteinte. Nous parlons musique, ciné, sport, mode, coût de la vie. Le regard de ces jeunes est fort intéressant et complète bien les points de vue que nous avons déjà recoltés ici. Nous apprécions tout particulièrement dans ces voyages la diversité des rencontres. Notre statut d'étranger pélerin fait sauter les barrières sociales. Passer sans cesse de grandes mégalopoles comme Pékin ou UlaanBaatar au fin fond des campagnes donne l'occasion de côtoyer un panel important d'une population. Expats, employés, retraités, paysans, ermites, de 7 à 99 ans, tous ont un regard différent sur leur vie et nous apportent une nouvelle clé de compréhension du territoire où nous passons. C'est une des plus grandes richesses du voyage à pied qui autorise à aller partout, à voir beaucoup. Mais dans ces conditions, le voyageur doit faire preuve d'une énorme capacité d'adaptation pour ne jamais décevoir ses hotes.

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Posté par Julie Philippe à 13:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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